Radeaux
Opéra : Radeaux

Porté par le metteur en scène Jean-Marie Lejude, Radeaux est né au hasard d'une rencontre sur une précédente création de L'oeil du tigre. L'auteur Christian Siméon avait été touché par la mise en scène de Hyènes ou le monologue de Théodore-Frédéric Benoît. Jean-Marie Lejude lui a alors proposé un projet un peu fou : l'écriture d'un livret d'opéra sur le thème du radeau de la Méduse, "du fait divers épouvantable et symbolique, à la genèse du tableau légendaire du peintre Géricault, et à son écho aujourd'hui".

 

C'est là toute la force de ce projet qui, partant d'un socle imaginaire commun à tous entraîne le spectateur dans une réflexion, une révolte salutaire, sur les migrations Nord/Sud.

 

Au service d'un théâtre fin et engagé, comme toujours, Jean-Marie Lejude s'invite ici à l'opéra, retrouvant pour la partie musicale un compagnon de route de L'oeil du tigre en la personne du compositeur Xavier Rosselle.

 

Pièce pour sept chanteurs lyriques et trois musiciens.

 

C.P.

La Scène

Hive 2009-2010

Au Grand Théâtre,
Le premier opéra d'un compositeur rémois

L'ouvrage tisse un contrepoint serré entre le naufrage de la frégate « La Méduse », survenu en juillet 1816 au large des côtes du Sénégal, et la tragédie des boat people que notre époque feint d'ignorer. Entre les deux drames, un lourd thème commun, l'indifférence générale.

 

Le remarquable livret de l'ouvrage est signé du sculpteur et plasticien Christian Siméon. La musique émane de la plume de Xavier Rosselle, saxophoniste, professeur au CRR et auteur de plusieurs partitions d'inspiration chorégraphique. La composition - en fait, un opéra de chambre - s'articule en treize séquences alternées. Les unes, musicales et chantées, se déroulent en 1818-19 dans l'atelier de Théodore Géricault élaborant fougueusement son opus magnum « Le radeau de la Méduse » ; les autres, théâtrales et parlées… nous regardent ! Le maître est entouré de divers personnages historiques, dont son brillant élève Eugène Delacroix qui l'encourage dans la réalisation de son projet artistique et politique. Cependant, au fil des scènes, le dialogue concertant opéra-théâtre tend à s'inverser afin de mieux actualiser les deux scénarios dans l'espoir de nous interpeller sur le drame qui se déroule aujourd'hui…

 

L'opéra fait appel à quatre chanteurs dont une soprano, un ténor et deux barytons, auxquels se joignent deux comédiens. L'ensemble instrumental regroupant un saxophone, un violoncelle et un ensemble de percussions fait écho, ici et là, à des sons électroniques préalablement organisés. Xavier Rosselle, à diverses reprises, plonge l'auditeur sous les brûlants rayons de l'Afrique par de savoureux pastiches de musique arabe. Sa composition, riche et variée, ne trahit aucune appartenance à un système, à une école… même s'il confesse son admiration pour Ligeti… et son intérêt pour Steeve Reich ! Cela dit, rien dans son langage qui puisse outrager les candides oreilles des sceptiques… Une chose singulière à souligner : l'élaboration conjointe et progressive du livret et de la musique qui ont pris corps de concert pour aboutir à une authentique symbiose artistique. La mise en scène, où se mêlent, dans un subtil panachage, l'atelier de Géricault… et les sables brûlants, sera signée Jean-Marie Lejude.

 

Francis Albou

L'Union

21 novembre 2009